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DAVID GOLDBLATT - Afrique du Sud

Ex-délinquants sur la scène du crime

Musée du District

Commissaires : David Goldblatt & Michket Krifa Nous sommes très nombreux en Afrique du Sud à avoir été victimes de forfaits, souvent avec violence. Dans ce climat de tension, nous essayons à grands frais de protéger nos proches et nos biens. Mais nous restons extrêmement vulnérables aux attaques de ceux qui sont prêts à s’emparer de nos possessions et attenter à nos vies. Ayant été moi-même victime, je me suis demandé à quoi ressemblaient ceux qui agissaient ainsi. Étaient-ils des monstres ? des gens ordinaires ? Pourraient-ils être mes enfants ? Sont-ils comme vous et moi ? Je voulais faire parler les statistiques, en rencontrer certains en tant que simples individus, faire leur portrait, connaître leurs vies. Mais qui photographier ? Je ne voulais pas de prisonniers en prison. Je voulais les rencontrer dans leur statut d’individu ordinaire, comme dans la rue ou au supermarché. Je suis donc allé voir ceux qui avaient commis ces crimes ou qu’on accusait. Ceux qui avaient fait de la prison, en étaient sortis ou étaient en liberté conditionnelle. Où les photographier ? Je voulais faire ces portraits dans un contexte qui soit en lien avec ce qu’ils avaient fait ou avec ce dont on les accusait. Pour moi, la scène du crime était a priori un lieu d’une importance toute particulière. Nul doute que s’y étaient déroulés des événements qui avaient changé le cours de la vie des victimes comme des criminels. D’où ces photographies et les récits qui les accompa - gnent. La plupart des protagonistes, souvent dans des circonstances difficiles et désespérées, essayaient de s’en sortir. C’est pourquoi je ne les appelle ni des criminels, ni des délinquants, mais des ex-délinquants. J’ai rétribué chacun d’eux à hauteur de 800 rands (environ 80 euros) et ils ont signé une décharge m’autorisant à publier et à exposer les photographies ainsi que le récit de leurs vies. Je mets chacun d’entre eux en garde : cette publication et cette exposition risquent plus tard de leur causer du tort, et je ne poursuis cette entreprise que s’ils ont parfaitement compris ce qu’ils sont en train de faire et qu’ils l’acceptent pleinement. Je m’engage à ne tirer aucun profit de ce travail. Toute recette, une fois déduite la commission de la galerie, ira à un organisme chargé de l’éducation et de la réinsertion des prisonniers.

David Goldblatt vit à Johannesburg. Né à Randfontein en 1930, il est le troisième fils d’Eli et Olga Goldblatt, venus en Afrique du Sud enfants, avec leurs parents, pour échapper aux conditions de vie en Europe de l’Est. À la fin de ses études secondaires à Krugersdorp High en 1948, il a voulu devenir photographe de presse, profession alors presque totalement inconnue en Afrique du Sud. Il a échoué et commencé à travailler pour son père qui avait ouvert un magasin de confection pour homme à Randfontein. Tout en travaillant dans la boutique, il a passé une licence de commerce à l’université du Witwatersrand et a continué de s’intéresser à la photographie. Son père est mort en 1962. En 1963, il a vendu le magasin et décidé de devenir photographe. Il s’est progressivement orienté vers le photojournalisme, se spécialisant dans la photographie d’extérieur pour des magazines, des entreprises, des agences de publicité et des institutions. Son travail personnel consiste en études critiques sur la société sud-africaine, dont plusieurs ont été exposées et publiées sous forme de livres. Conscient de la nécessité de favoriser l’enseignement du langage de l’image et des procédés photographiques à des personnes défavorisées par l’apartheid, il a fondé le Market Photo Workshop en 1989. Il se considère comme un observateur et un critique de la société sud-africaine qu’il explore à l’aide de l’appareil photo, ne travaillant qu’en indépendant

Partenaires : Ministère de la culture, Institut français, Union Européenne

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