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ABDOULAYE BARRY - Tchad

Pêcheurs de nuit

Musée du District

Commissaire : Laura Serani Pêcheurs de nuit est un travail photographique qui porte sur des populations vivant de la pêche sur le lac Tchad, l’un des derniers grands lacs d’Afrique, menacé aujourd’hui par la pollution et la baisse du niveau des eaux. Lors de plusieurs voyages sur place en 2010, j’ai réalisé des photographies nocturnes afin de montrer les visages et les activités de ces pêcheurs traditionnels. Mon travail propose à la fois des portraits, des scènes de vie et des parties de corps (pieds, mains). Plusieurs générations de pêcheurs sont ainsi représentées dans leur environnement quotidien. J’ai passé de longs moments avec eux, la nuit, lorsque le seul point lumineux est celui de leur propre lampe torche, celle qu’ils utilisent pour s’éclairer tout en travaillant. J’ai souhaité les photographier ainsi, donnant à leurs visages un aspect étrange, celui de personnages parfois un peu mystérieux aux visages flous et aux gestes suggestifs. À travers cette galerie de portraits et d’ambiances nocturnes, je souhaite témoigner de l’existence fragile de ces pêcheurs et des menaces qui pèsent sur leurs vies et leurs techniques ancestrales de pêche. Je me sens concerné par le danger qu’ils affrontent, au-delà de l’importance de préserver le lac Tchad, une réserve d’eau douce essentielle pour mon pays, le Tchad, et pour l’ensemble du continent africain. Avec ce sujet, je m’efforce de montrer comment des hommes peuvent continuer à vivre dignement dans un environnement naturel préservé. Ces photographies sont le préambule d’une prise de conscience collective, essentielle et urgente car ces espaces de vie sont aujourd’hui fragiles et fragilisés.

Abdoulaye Barry naît à N’Djamena, au Tchad, le 12 mars 1980. Après avoir photographié pendant plusieurs années des cérémonies de mariage, mais aussi des nouveaux-nés et des défunts, il bénéficie d’un premier stage de photographie en 2006 au CCF de N’Djamena. Cet atelier lui a permis de bénéficier de l’expérience du photographe Bruno Boudjelal. Il entame alors une première série sur le thème des enfants de la rue, dont certaines oeuvres font l’objet d’une exposition à la Biennale africaine de la photographie 2009, à Bamako, où il remporte le Prix du Jury. La photographie, qui n’était au départ qu’un gagne-pain, devient pour lui plus qu’un métier, plus qu’une passion. Il lui a toujours été difficile de décrire la réalité avec des mots. Son zoom, ses images et ce qu’elles expriment lui permettent désormais de le faire… sans porter de jugement, mais en permettant aux autres de le faire.

Partenaires : Ministère de la culture, Institut français, Union Européenne

© Rencontres de Bamako