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MEMOIRE

Hommage à Goddy Leye

Mémorial Modibo Keïta

Commissaire : Ruth Belinga « Goddy Leye, le sage de Bonendale s’en est allé » (Marcel Kemajou), et avec lui le monde de l’art vient de perdre un « maître » et un pédagogue plein de générosité, de partage et d’espoir, qui avait su conseiller et accompagner artistes et théoriciens. Ayant grandi dans une certaine schizophrénie postcoloniale où le passé avait été oublié ou intentionnellement transformé, Goddy Leye ressentait la nécessité de réécrire l’Histoire, sa propre histoire : « Mon travail concerne la MÉMOIRE. Ce qui m’intéresse, ce sont les récits et les histoires, les mythes et les mystères sous-jacents aux choses, aux événements, aux lieux et aux gens. » Inscrit dans un contexte théorique de post-négritude, il ne se proposait pas seulement de réinterpréter les signes, mais d’en créer de nouveaux en les adaptant au monde contemporain. Il débuta par la peinture et le dessin dès l’adolescence, mais c’est finalement comme vidéaste qu’il connut une notoriété internationale. Il cherchait à révéler les significations initiales de signes et symboles choisis en fonction de leur histoire et de leur beauté, en les replaçant dans des espaces inédits. Dans une démarche sous-tendue par une « négritude tournée vers le futur », selon Césaire, ses oeuvres confrontent passé et présent, tradition et contemporanéité, anciennes statuettes africaines et installation vidéo (Papa Forest), modernité et postmodernité, images et mots, tout en questionnant sans cesse le spectateur souvent placé face à des miroirs et ainsi à ses propres souvenirs (The Walking Mirror, Dancing with the Moon, Honey Moon). Les vidéos, symboliques et pleine d’humour, que nous présentons dans le cadre de la biennale (We Are the World, The Voice on the Moon, The Owner et Avis sur visage), témoignent de l’implication et des préoccupations de Goddy Leye. Son oeuvre-projet s’y ré-improvisera, telle une installation in situ, faisant de Bamako la première capitale de ces Chefferies unies d’Afrique au travers desquelles, dans une vision universaliste transcendant les communautarismes et les préjugés culturels, il pensait que les peuples issus de la colonisation pouvaient « créer leurs propres réseaux et se réapproprier le monde globalisé ». Son travail sur le passé et l’Histoire visait à préparer l’avenir, ses ateliers à former les jeunes, à leur donner un but et confiance en eux. Que ce soit par le biais de l’art, de ses actions sociales ou pédagogiques, Goddy Leye travaillait indubitablement « pour un monde meilleur et durable ». Ruth Belinga

Partenaires : Ministère de la culture, Institut français, Union Européenne

© Rencontres de Bamako