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Accrocher la photographie des fautes humaines

Avec des approches artistiques différentes, des procédés de mise en scène liés à la vidéo, ou tout simplement au détour de reportages gravés sur le réel des photographes et vidéastes africains portent leur regard sur des faits sociaux et interrogent la responsabilité sociétale des entreprises.
Le thème « pour un Monde durable », proposé dans le cadre de la neuvième édition de la Biennale africaine de la Photographie a orienté la production artistique de plusieurs photographes sélectionnés à l’exposition panafricaine, présentée au Musée national du Mali.

Plusieurs de ces œuvres exposées dénoncent l’action nuisible de l’Homme sur son environnement et les méfaits dévastateurs des sociétés multinationales qui sont fortement indexés.

Dans le document de présentation de cette exposition, Michket Kriffa et Laura Sérani, Directrices artistiques du projet, expliquent que l’événement « propose une réflexion sur la quête d’un monde durable, avec la volonté d’esquisser un état des lieux et de prêter une attention particulière aux signes et aux formes de résistances possibles ».

La forte adhésion au thème proposé n’a fait que confirmer l’engagement social et politique des artistes africains , renseignent, t-elles. Les préoccupations écologiques, le réchauffement climatique, le tarissement des ressources minières et alimentaires, la pollution, le déboisement des forêts, la détérioration du cadre de vie, le déboisement des forêts sont parfois le corolaires de l’expansion industrielle qui touche de plus en plus certaines populations africaines victimes des sociétés multinationales.

Autant dire que cette Biennale de la Photographie est celle du procès des entreprises irresponsables. Donc, un plaidoyer en faveur de la responsabilité sociétale des entreprises (Rse). Ce concept s’est véritablement diffusé en Afrique au lendemain du sommet mondial de la Terre, tenu à Johannesburg en 2000.

Aujourd’hui, des chasseurs d’images africains font un plaidoyer et nous apportent les preuves du désastre. À travers une dizaine d’œuvres, le photographe ghanéen Nyani Quarmyne dévoile l’érosion des côtes et l’accélération de la montée du niveau de la mer qui menace plusieurs populations établies sur les côtes de la façade maritime.

Son confrère nigérian Akintunde Akinleye s’alarme sur la problématique du delta du Niger, cette zone pétrolifiére considérée comme étant l’une des plus polluée au monde. Au détour de son travail titré « Vanishing wetland », le photographe explore le village d’Oloïbiri envahi par la fumée, les gaz et huiles d’une société multinationale installé au nigéria depuis 1956. L’artiste s’indigne du fait que « ce sont de nos jours prés de 400 millions de dollars que le gouvernement récolte et qu’il gaspille en frivolités politiques, laissant les populations dans une extrême pauvreté ».

Élise Fitte Duval interroge la problématique de l’habitat décent et des inondations au Sénégal. Originaire de la Martinique, cette dakaroise d’adoption a promené l’objectif de son appareil vers la Banlieue dakaroise envahit par des eaux furieuses qui refusent de décamper malgré l’action des motopompes utilisées pour évacuer des champs d’eau dispersés entre Pikine, Guédiawaye, et Rufisque. Les personnes photographiées sont des gens déboussolés, pris en otage au sein d’un cadre de vie déclaré hors norme.

La tunisienne Faten Gaddes stigmatise l’action d’une usine d’exploitation et de traitement de phosphates qui a fini par transformer l’oasis de gaddés, un patrimoine naturel unique au monde, en un territoire malsain ou des maladies respiratoires et la fluorose font des ravages. Elle témoigne avec des cas illustrés dont celui de Fatima « qui, à 23 ans, a perdu presque toutes ses dents à cause de la mauvaise qualité de l’eau contaminé au fluor ».
Nyaba Léon Ouédraogo du Burkina Faso, dresse un plein champ sur les champs de gombo, maïs, et autres fruits et légumes aménagés aux abords de la décharge publique d’Akouédo à Abidjan.

Le photographe regrette le fait que ces produits alimentaires de bases, cultivés dans une zone où le sol est contaminé à toutes les formes de pollutions souterraines, soient acheminés vers les populations ivoiriennes sans que les autorités ne réagissent.

Le photographe Omar Victor Diop, seul sénégalais en lice, propose une lecture futuriste des produits de beauté et autres accessoires qui font la mode chez la gent féminine.
Il interroge l’avenir esthétique et le cycle de vie des matériaux du monde consumériste et se pose des questions sur ce que l’humanité fera de ces tas de choses démodées qui resteront toujours, comme pour encombrer notre environnement. À travers des pièces photographiques réalisées en studio, il présente des tops modèles habillés de vêtements et autres accessoires sortis de son imaginaire.

Le sud africain Pieter Hugo parcoure les bidonvilles d’Agbogbloshi, devenus des dépotoirs de déchets informatiques brulés par des individus exploitants de reliefs de cuivre amassés en guise de butin.
L’artiste cite le programme des Nations Unies pour l’environnement qui indique que seuls 25% de ces déchets sont recyclés par les pays du Nord, le reste étant déversé dans les pays du Sud pour « résoudre la fracture numérique » dont ont fait usage de prétexte.

Aliou NDIAYE

Photographie ©Harandane Dicko

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