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Algérie, clos comme on ferme un livre ? Archives 20 Octobre 2012 au 20 Janvier 2013 au Musée Nicéphore Niépce

La première partie de cette exposition est consacrée à la présentation d’une sélection d’images d’archives, de la colonisation militaire aux événements des années 1990. L’exposition “Algérie, clos comme on ferme un livre ? / Archives” se compose en grande partie des fonds du musée Nicéphore Niépce. Elle nous aide à comprendre la situation contrastée et singulière que fut la colonisation française en Algérie, à travers un ensemble original de plus de 130 documents fondant l’argumentaire historique.

Trop loin, trop proche, la France ne sait quoi faire de l’Algérie et la photographie avoue cet embarras. Des images de ce pays, on en a à foison ; des indigènes, c’est une autre question. Là, comme ailleurs, la photographie est affaire de point de vue.
Les premiers temps relèvent du militaire et des troupes coloniales. Les clichés des premiers albums dressent un monument à l’œuvre pacificatrice et émancipatrice de la France, de la Très Grande France. Fermeté et sérénité qu’incarnent le mehara et le médecin colonial.
En ces temps, le militaire aime se montrer un peu ethnologue, un peu géographe. Mais le pacificateur se présente avant tout comme un constructeur de villes ; il a « tracé des routes, desséché des marécages, jeté les assises indestructibles de notre France d’Afrique » : Maréchal Franchet d’Espèrey.

Dans ce qui n’est, après tout, que successions de décors changeants, de communautés divisées, de races en rivalité, le soldat français unit et transforme un pays tout en opposition. Des récifs verdoyants de la corniche constantinoise, des dunes désertiques, des plantes fertiles de la Mitidja, le photographe participe au mythe de la « Nouvelle France ». Il enchaîne les images contrastées et impose la lumière face à l’ombre de la casbah, il prescrit le moderne contre le pittoresque.
Ce vieux pays, grâce au colonisateur, retrouve ses racines méditerranéennes. L’archéologie et la photographie rappellent d’autres origines que l’Islam. Guides, brochures et livres répètent à satiété l’héritage classique, ce fonds commun qui unit les deux rives de la Méditerranée. Les publications photographiques assoient l’idée d’une culture gréco-latine antérieure à l’Islam et exposent statues de Bacchus, Esculape, théâtres et temples, ruines.
En fin de compte, ce bricolage astucieux, mais fragile, doit laisser sa place au pittoresque.
Les chromos aux couleurs irréelles dressent le panorama d’une Algérie généreuse et « orientaliste ». Les oasis, les palmeraies s’accolent aux déserts et aux dunes ; ce désert parcouru par des figurants de films d’aventures. Le temps est à la Légion étrangère, au goumier, à ces personnages ardents qui s’opposent à l’image du voyou, ce héros crépusculaire caché dans les profondeurs de la casbah.
Là, au milieu des ruelles, dans ses méandres, vit un monde que l’on sait réel mais qui se dérobe au photographe. Le petit peuple algérien se résume à quelques figures ; la petite prostituée pubère, l’enfant mendiant, des formes blanches et voilées fuyant l’objectif. La ville algérienne sortie du pittoresque retrouve sa dangerosité et affirme sa résistance à la « civilisation ». Car la modernité et la fortune de l’Algérie s’écrivent par la main de la France. La carte postale des années 1950 le proclame. Tout ce qui s’est fait, s’est produit, s’est bâti sur cette terre ne doit rien à l’« indigène » mais tout au colon. « La Nouvelle France », celle dont chaque image fait l’éloge n’est que le décalage de la mère-patrie.

Chapitre par chapitre, l’histoire illustrée de l’Algérie a emprunté aux photographes un répertoire de belles images, de documents bien choisis, qui, en occultant les contradictions de la colonisation ont participé à l’ignorance des revendications légitimes du peuple algérien.
Les images transmises par bélinographe vont violemment rappeler à la France métropolitaine la nature complexe et brutale de la colonisation.
Sous le regard de la presse étrangère, les manifestations de soutien à l’Algérie française dégénèrent quand les partisans du F.L.N appellent de leur vœu une Algérie musulmane. Tout s’accélère et se bouscule dans une guerre qui ne dit pas son nom et choisit ses images : généraux « félons », visages en sang dans les rues de Paris, la silhouette fugace de Krim Belkacem à Evian, le cessez-le-feu, l’indépendance. Images de liesse populaire.
Alors, le chapitre serait-il clos, comme le proclame l’hymne national algérien ?
Quelques dizaines de portraits d’identités de civils disparus dans les années 1990 remettent en question l’affirmation.
L’indépendance ne fut qu’un moment, le prélude à d’autres luttes toutes aussi sanglantes, une continuité de la violence exercée contre le peuple algérien, des « colonnes expéditionnaires » du général Bugeaud, du carnage de Sétif au massacre des harkis.

« Clos comme on ferme un livre ? », une histoire en images qui n’en est pas une ; des suites de raccourcis, des disjonctions, des choix assumés pour ouvrir un autre livre d’images.

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